- Mais qu'est-ce qu'il y a là-bas ?
- Eh bien, viens voir. Patientes et tu le vivras même.
- Pourtant tu sais.
- Oui, je sais. Mais je ne peux pas t'offrir d'autre réponse.
- Pourquoi ? c'est une règle à enfreindre, comme toutes les règles.
- Je ne suis pas là pour enfreindre les règles, mais pour faire en sorte que toi tu les suives.
- Pourquoi les suivrais-je... j'ai passé mon temps à les ignorer, ce n'est pas maintenant -
- Il est toujours temps de respecter ce qui compte.
- Ce qui compte ? les règles, c'est ce qui compte ? non. Ce sont les amis, les amants, les souvenirs, ces moments d'éternité, les baisers, les parents. L'amour, quoi ! L'amour partout tout le temps, autour, en nous ! Il n'y a que lui qui compte. Peu importe les règles.
- Et pourtant tu veux partir.
- Oh, pas de comparaison stupide je t'en prie.
- Tu ne vois pas l'ironie, n'est-ce pas ? Tu pourrais avoir un jour la patience des vraies vieilles femmes. Ne le veux-tu pas ?
- Alors c'est cela que tu vois ? C'est cela, qu'il y a là-bas ?
- Si je pouvais soupirer... alors c'est ça, ta décision est prise ? l'as-tu écrite ?
- Oui, je crois.
- Pas vieille femme. Jamais.
- Quoi d'autre ? s'il te plaît...
- Des histoires d'amour. Nombreuses, à chaque fois avec un goût de passion, et de celles qui déchirent, lacèrent le coeur. Encore des dépressions parce que tu sais déjà que l'on ne s'en remet jamais vraiment. Des déceptions. Des cheveux blancs très tôt, des rides aux coins des lèvres. Des bébés aux boucles blondes et rousses. De l'amour. Des mains abîmées et un accident grave. Toujours tu te relèves. Tu fais souffrir et guéris tout, tu réchappes à la mort quand tu la cherches et elle tente de te prendre quand il te faut vivre. Tes cheveux deviennent longs, ne bouclent plus, tu les teint encore et encore pour oublier leur blanc. Les bébés aux boucles blondes et rousses grandissent, tu ne les aime jamais trop à ton goût. Ils sont toujours en toi même lorsqu'ils partent. La maladie frappe. Les gens meurent. C'est ton tour et tu as vécu. Tiens, tu ne parles plus ? eh oui, ta décision est prise, n'est-ce pas ? tu l'as écrite. Jamais tant d'amants si aimés et aimants, de bébés bouclés ni de changements de la société. Pas de vie mouvementée et de corps accidenté, ni de coeur avec mille cicatrices et mille étincelles d'amour. Finalement tu meurs tristement et t'ajoutes simplement à un taux. Tu aurais fais de grandes choses, suscité rêves et utopies et fais naître, même, des royaumes éternels de papier. Et tu avais raison, tu n'aurais jamais suivi les règles. On fait tellement plus, quand on ne suit pas les règles, d'ordinaire...